Elie BARNAVI : “faire sauter les verrous qui empêchent la libre circulation des hommes”

Par La rédaction, le lundi 25 février 2008

Pour Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, directeur du Musée de l’Europe et membre du comité d’orientation du Forum de Paris, une Union de la Méditerranée doit être tout autant le reflet d’un espoir que d’une ambition réaliste. Ligne de fracture entre orient et occident, nord et sud, la Méditerranée est de longue date un carrefour majeur des idées et des marchandises. Favoriser la libre circulation des hommes, dans la mesure du possible, doit aujourd’hui être une priorité.

 

 

En quoi l’histoire de l’Europe, selon vous, est-elle aussi méditerranéenne ?

La Méditerranée a été le berceau de la civilisation européenne. Les deux premières strates de cette civilisation, la Grèce et Rome, ont été méditerranéennes. C’est au cœur de la Méditerranée que s’est opérée la double fracture entre l’Occident « romain » catholique et l’Orient, « romain » lui aussi, mais byzantin et orthodoxe, puis entre l’Occident catholique et l’Orient arabe et musulman - fracture qui n’a d’ailleurs pas empêché le commerce des idées et des marchandises. La Renaissance fut en ses débuts méditerranéenne, et c’est pour l’essentiel des ports méditerranéens que partit la grande aventure de la découverte, puis de la conquête du Nouveau Monde. On pourrait continuer longtemps…

La Méditerranée se retrouve au cœur des deux grandes fractures de notre temps : la césure Orient-Occident et la fracture Nord-Sud. Croyez-vous qu’il soit vraiment réaliste d’unir une région qui s’apparente surtout à un carrefour ?

Cela dépend par ce qu’on entend par « union ». Si l’on songe à une union comme celle qui a commencé à prendre corps en Europe voici un demi-siècle - laquelle n’est d’ailleurs elle-même pas toujours une partie de plaisir -, c’est évidemment irréaliste. Si, en revanche, on entend par « union » la mise en commun de ressources et de compétences, au cas par cas, dans l’intérêt de tous, alors oui, c’est faisable.

Ce projet d’Union peut être aussi affaire de culture. Comment pensez-vous que les échanges culturels peuvent se renforcer grâce à un tel projet ? Quelle forme cela peut-il prendre ?

Les difficultés objectives - disparités économiques, flux migratoires anarchiques, terrorisme - verrouillent la Méditerranée. Il importe de faire sauter, autant que faire se peut, ces verrous qui empêchent la libre circulation des hommes dans l’espace méditerranéen. Des formes de coopération inédite, universitaires, culturelles et scientifiques peuvent être mises en place : extension du système Erasmus, échange de professeurs, mise de laboratoires en réseau, etc.

Vous avez été ambassadeur d’Israël en France. Le conflit israélo-palestinien est une des clefs de l’unité de la Méditerranée. Croyez-vous sincèrement que l’on peut, que l’on doit lier le destin d’une Union en Méditerranée à un conflit dont la résolution est on ne peut plus incertaine ?

Il faut, au contraire dissocier les deux dans toute la mesure du possible. On sait que l’une des raisons majeures de l’échec relatif du processus de Barcelone a été l’effondrement du processus de paix israélo-palestinien. C’est pourquoi je pense qu’il faut d’abord intéresser au projet d’Union les pays du Maghreb et attendre pour le Machrek des jours meilleurs.

Qu’est-ce qui vous lie personnellement à la Méditerranée ?

Tel-Aviv.

Pour vous, si l’Union de la Méditerranée devait être :

un livre, ce serait : La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, de Braudel, dans l’ordre de la science, L’Odyssée dans l’ordre de la littérature.
un personnage, ce serait : Don Quichotte.
un projet, ce serait : Mais… l’Union pour la Méditarranée.
un espoir : faire de la Méditerranée un lac de paix.

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